Cela fait dix ans aujourd’hui
Mais c’aurait pu être hier
Ca me harcèle depuis
Comme la soif dans le désert.
*****
Il est là
Je l’entends
Ne pas bouger !
Sur le toit
Un moment
Les poutres ont craqué
En bas
Sous le banc
Je me sens protégé
Il ne me retrouvera pas ! Je crois !
Pas à pas
Il descend
Il s’approche
Encore deux paliers
Je dois m’échapper
Mais un seul accès…
« Putain d’escalier ! »
…Il ne me trouvera pas ! J’espère !
J’écoute encore
Il est au rez
« C’est bon, t’as tout vu, y’a personne !
Sors !»
Je me mets à prier
Mon cœur va lâcher, je me raisonne.
J’entends qu’il sort
La vaisselle du buffet
« Tu cherches quoi, un couteau, un téléphone ?
La lumière s’éteint
La nuit m’emprisonne
« Va-t-en », je supplie.
Comment quelqu’un
D’inconnu
Peut-il avoir envie
De mettre à dessein
Un plan simple :
Supprimer la vie !
SILENCE
Je ne l’entends plus
Il est parti
Enfin !
Tous les muscles tendus
Je suis tout ouïe
Rien !
Il ne me trouvera pas ! C’est sûr !
SILENCE
Un petit cri m’échappe
Alors que soudain s’ouvre
La porte de la cave
Je vais tomber dans les vapes
Il descend
Une marche
Pauvre de moi
Je grimace,
Je bave.
Une deuxième marche
J’étouffe. Nausées
Une troisième
SILENCE
Tout s’arrête !
D’où je me trouve,
Je vois ses pieds.
Une goutte de sueur,
Perle sur mes lèvres.
Traqué comme un loup
Je suis condamné
Au destin de terreur
De ce monstre, de ce taré.
Je panique
Il avait coupé la lumière
Il ne voit rien !
Il cherche, je le sens
Mais l’inconfort le gène.
Il remonte, en arrière
Il épie, attentivement
Une trahison, un mouvement.
Il quitte la scène.
Il ne me trouvera pas, cette fois !
*****
Cela fait dix ans aujourd’hui
Mais c’aurait pu être hier
Ca me harcèle depuis
Comme la soif dans le désert
Je me retourne la nuit
M’a-t-il oublié ? J’espère
C’est comme tomber dans un puits
Sans jamais toucher terre
Ma vie a repris depuis
Mais jamais une heure passe
Sans que je halète, vite
Sans revoir ma peur
Pensez-y
Un homme, une nuit
Sans aucun délit
Et vous êtes depuis
Comme sans vie
Détruit
Ci-git
Pierre-Yves Franzetti