Plus jamais il n'y aura de couleur.
Les seuls sons qui parviennent aux oreilles de Julien sont les pleurs : les larmes de son coeur, les cris de son âme, les sanglots de sa conscience.
Une vaisselle incommensurable s'est réunie, sale, sur la plonge de l'évier de la cuisine.
Son appartement est crasseux, poussiéreux, misérable. On a l'impression que le diable en personne s'est emparé de son esprit.
Il est las, là, à se regarder dans le miroir du salon. Il voit des éclairs et de la pluie, comme au-dehors. Ses idées se percutent sans réponse. Sa vie se désintègre petit à petit. Son corps, presque barbu, à l'image de son appartement, n'est toujours pas habillé.
Depuis cette fatale nuit, il y a trois jours, il n'a rien fait. Il s'est ruiné en commandant d'incalculables pizzas au restaurant du coin; il a bu plus de la moitié de la bouteille de whisky qu'il a dans son bar, toutes les émissions de télé foireuses se sont présentées à lui.
Il n'a rien aimé... sauf Julie.
Il est environ minuit, mais cela, notre héros ne le sait pas; on peut même aller jusqu'à dire qu'il s'en fout.
En quelques minutes l'autre soir, il avait perdu la femme de sa vie, son meilleur ami, et sa meilleure copine : Caroline, dont le procès commencerait bientôt et dont l'issue ne faisait pas de doute.